Je ne suis pas prêt. Mais je pars.
- Vincent Brémond

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
📍 Miami
🔢 0 / 10 476 km
Le moment avant le mouvement
Le vélo est monté, les sacoches sont fermées, et pourtant quelque chose en moi reste ouvert. Le 12 mars 2026, je prends le départ d’un tracé de 10 476 kilomètres. Une ligne immense à dessiner, presque irréelle, comme si l’écrire suffisait encore à la contenir. Deux ans que la vie m’a éloigné de mes aventures pour des raisons indépendantes de mes envies. Deux ans à gérer, à encaisser, à survivre plus qu’à vivre.
Je ne suis pas prêt. Pas vraiment. Ni physiquement, ni mentalement. Et certainement pas dans le timing, puisque je dois être rentré en France début mai. Le calendrier est serré, presque déraisonnable. Mais je ne pouvais plus attendre. Ce départ, je me le dois. Pas pour la performance. Pas pour prouver quoi que ce soit. Simplement pour aller mieux.
Pourquoi Miami
J’ai choisi de partir de Miami par pragmatisme. Des vols directs, moins de correspondances, donc moins de risques de voir mon vélo disparaître quelque part entre deux continents. C’est aussi un point de départ stratégique : ici, les conditions devraient être favorables. Plus au nord, la neige et les températures négatives tiennent encore la route en suspens.
J’espère que ces deux premières semaines laisseront le temps au froid de reculer. J’avance avec cette hypothèse fragile que la météo s’ajustera à ma progression. Mais ça, je ne le contrôle pas. Ce que je contrôle, c’est le moment où j’appuierai pour la première fois sur les pédales. Le vent sur mon visage. Le basculement entre l’idée et le mouvement.
10 476 kilomètres
Dix mille quatre cent soixante-seize kilomètres. Dit comme ça, c’est presque abstrait. Alors j’ai découpé. Structuré. Rationalisé. Quarante-trois segments. Quarante-quatre jours espérés. Quarante-six disponibles. Deux jours de marge, comme une réserve d’oxygène mentale.
Les deux premières journées seront les plus longues : 331 puis 332 kilomètres. Plus de 300 kilomètres dès le départ, volontairement. Accumuler un maximum quand le terrain est encore plat, alléger la pression quand la route deviendra vallonnée, voire montagneuse. C’est une stratégie. Une manière de me rassurer par les chiffres. Je préfère être trop ambitieux au début et garder 48 heures en sécurité plutôt que de douter chaque soir de pouvoir rentrer à temps.
Si tout se déroule comme prévu, la dernière étape fera 271 kilomètres. Et si je n’ai pas pris de retard, je la couperai peut-être en deux : 200 kilomètres, puis 71. Pour savourer. Pour ralentir. Pour laisser le dessin se terminer sans brutalité. Mais je m’emballe déjà. Je parle de la fin alors que je n’ai pas encore parcouru un seul mètre.
Ce que je ne dis pas assez fort
La vérité, c’est que je ne pars pas serein. Dix mille kilomètres, c’est long. Même après les 5 600 kilomètres de mon tour du monde alternatif, cette distance m’impressionne. Je connais la fatigue. Je connais le doute. Je connais ces moments où l’on se demande pourquoi on s’est infligé ça.
Mais je connais aussi la liberté des longues journées seul sur la route. Le silence qui remet les idées en place. La sensation d’être exactement là où je dois être.
Je sais qu’en rentrant, les problèmes seront toujours là. Rien ne disparaîtra par magie. Mais peut-être que moi, je serai différent. Peut-être que j’aurai récupéré assez d’énergie pour construire la suite, imaginer d’autres aventures, tracer une nouvelle direction.
Cette série est un pari
Avant de partir, j’ai écrit un article pour chaque mercredi de cette traversée. Des projections, des hypothèses, des états d’esprit imaginés à l’avance. Pendant que tu liras ces lignes, je serai quelque part sur la route. Peut-être en avance. Peut-être en retard. Peut-être sous le soleil. Peut-être sous la pluie.
Tu pourras comparer ce que j’imaginais avec ce que je vis réellement.
Je partagerai le quotidien en temps réel sur Instagram, et j’aimerais aussi développer davantage YouTube cette année, peut-être même tester des lives depuis la route. Si tu veux voir ce que la réalité fait à mes projections, on se retrouve là-bas.
En résumé
Je pars ... Mais j’ai peur.
Et c’est peut-être exactement pour ça que je dois y aller.



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